Par Moto-News 28 avril 2016

L'aventure de Pierre - l'Afrique, 22 000 km, 9 pays, 100 jours à moto. (Suite)

Voici donc la suite des aventures de Pierre en Afrique... A consommer sans modération avec un bon café aux effluves africaines...

Fin du premier voyage.

Après 3 jours de repos je ressens le besoin de quitter le groupe pour continuer ce voyage en solo. Nous en discutons a 3, les pays « les plus compliqués » sont derrière, de plus nous ne serons pas loin les uns des autres en cas de réel besoin.
Je décide de rester 2 jours de plus à Zanzibar alors que Mika et Tom quittent l'île pour commencer la descente vers le Mozambique, ils ne savent pas encore à ce moment là qu'ils devront remonter à Dar Es Salam 3 jours plus tard pour obtenir un Visa indispensable pour passer la frontière Mozambicaine.

Voilà 10 minutes que j'ai quitté l'hôtel, je suis seul et je retrouve instantanément cet état de bien être que j’avais déjà ressenti en Namibie. Ma liberté est totale, je n'ai pas de programme, je suis au bout du monde sur une île paradisiaque avec ma moto et je fais ce que je veux, quand je le veux. Je vais où j'ai envie et à chaque seconde je peux changer mes plans sur la simple impulsion de mes envies, de mes émotions, de mon état d’esprit.

Au sud-est de l'île, la plage à l'air belle, je m'arrête pour boire un coca et profiter un instant de ce nouveau départ, je prend un chemin de traverse sur quelques centaines de mètres en direction de la mer au bout duquel se trouve une jolie bâtisse blanche, sorte de petite guest house d'un dizaine de chambre et j'aperçois déjà a travers les murs ajourés une plage immaculée, un petit bar et une piscine transparente. Un grand type barbu d'une quarantaine d'année est là, clope au bec, en train de pianoter sur son smartphone.

Nous nous saluons et discutons moto, Chris est Sud Africain, un événement tragique de sa vie l'a amené ici, il vit là depuis 3 mois, c'est une sorte de cure de remise en forme psychologique pour lui. Il est venu a moto de sa ville natale avec sa BMW R 1200 GS Adventure qui est dans un coin, sous un drap bien à l'abri des regards. Nous nous lions d'amitié et Chris me propose d'utiliser un lit qui se trouve dans l'autre pièce de son petit appartement derrière l'hôtel, gratuitement, pour y passer la nuit.
3 jours plus tard et après avoir construit une belle amitié je quitte Zanzibar des idées plein la tête, j'ai acheté des cartes, tracé ma route jusque Cape Town et je vais me rendre ce soir au Selous National park à 200 km de Dar Es Salam, je prend le bateau de 7h00 pour m'assurer d'être à l'aise pour faire la route. Surprise, ce que Google Map me donnait comme une route goudronnée est une belle grande piste ocre. Du moins les premiers 100 km… Les 100 km suivants seront nettement moins accueillants, la piste se rétréci, certaines portions ont étés emportées par l’eau lors des dernières pluies, et bien pire encore c’est une piste de sable mou que je devrai pratiquer pour rejoindre le campement au bord du parc National, les 70 derniers kilomètres sont un véritable enfer, je couche la moto au moins 6 fois heureusement sans casse. J’ai eu la merveilleuse idée d'acheter 2 bouteilles d’eau en plus de mon camel bag ce matin et j'ai de l’essence en suffisance.

Chaque fois que je relève la moto mes forces diminuent, la chaleur me coupe le souffle et je fini par trouver un système D pour m'aider à relever la lourde charge, je défais mes sacs et les accrochent à l’aide d'un mousquetons à la valise opposée de telle manière à ce que ce poids fasse levier dès que la moto est légèrement relevée. Comme si cela ne suffisait pas je tombe sur un feu de brousse, j'en ai vu quelques uns depuis la Zambie mais ici la végétation est plus dense, heureusement les vents sont favorables et la fumée ne m'empêche pas d'avancer. Les kilomètres ne descendent pas très vite dans ce genre de situation et l'heure tourne mais impossible de faire machine arrière, je rationalise, j'ai tout ce dont j’ai besoin pour improviser un camping sauvage si besoin. Je fais une pause, il est 4h de l'après midi et il me reste 40 km à parcourir jusqu'au camp. Je mange une banane et me voilà reparti, debout sur les cale pieds, deux options : je roule doucement et je tombe souvent mais sans me faire mal (vais-je arriver ce soir ?) ou je roule plus vite et donc avec un meilleur équilibre dans le sable mais en cas de chute c'est plus risqué. Je choisi l’option B et je remercie Dieu d'avoir pratiqué l'enduro depuis mon plus jeune âge car avec la 1200 GSA à 360 kg dans le sable il faut ouvrir en grand pour que l'avant reste plus ou moins en ligne.
Ce pilotage est tuant et je m'arrête tous les 5 km pour reprendre mon souffle et boire, il n'est pas envisageable de quitter le guidon d'une main pour saisir l'embout du camel bag en roulant. Je croise enfin la piste principale qui a l'air en bon état et bien large, ouf je suis sauvé, il est 18h30, la nuit tombe, j'allume toutes mes lumières (Vision X m’a fourni 2 projecteurs additionnels longue portée d'une efficacité remarquable). 3 km plus loin, premier trou de fesh fesh , non mais c'est une blague !!!!! Heureusement le couple de la GS me sort sans difficulté mais je remonte ma vigilance d'un cran car cette piste est plus piégeuse qu'elle n’en a l'air.
Plus que 8 km… 5-4-3-2 km je suis sur la trace c'est sûr mais je m'inquiète car j’ai quitté la piste principale pour rejoindre le camp mais cette piste d'accès m'a l'air abandonnée… Est-ce que ce camps serait fermé ? Quoi qu'il en soit c’est là que je dormirai ce soir car je suis a bout de force. Et là, tout à coup, surgi un Masaï dans le faisceau de mes phares, je comprends que je ne suis pas au bon endroit mais que c'est bien ici le camps, un peu plus loin.
Je suis exténué et un poil irritable et lorsque le gars me demande de remplir les papiers. Il voit sur mon visage un manque de motivation évident. Arrive en courant le manager du camp, un type d’une trentaine d’année au physique métissé et coiffé d’une casquette , il arbore un grand sourire complaisant et me salue. Quelques bières plus tard et Baraka (ca ne s'invente pas !!) m'explique qu'il a fait cette piste avec une vielle XT500 il y a 5-6 ans et qu'il était arrivé à 6h… du matin !

Assez fier de moi je m'effondre dans la tente coloniale « pré-montée » qui m'est louée au prix du camping probablement par pitié. Après avoir dégusté un repas 5 étoiles, lui aussi offert gracieusement au pauvre motard que je suis, dîner aux chandelles en solo avec à côté, 1 table de riches américains et une table de Hollandais bruyants arrivés en avion de brousse dans l'après-midi. Seul mais heureux de mon aventure du jour, je dîne sous les étoiles et profite du mugissement des hippopotames dans le fleuve qui longe le campement. Demain je visiterai le parc et j'aurai le plaisir de voir les lions, crocos, et autres hippopotames qui jouissent de ce havre de paix… inaccessible !

Mozambique, surprise surprise !

Je prévois deux étape et finalement les fait en une journée pour rejoindre la petite ville frontalière de Mtwara, je prévois toujours de passer les frontière le matin ce qui permet d'être à l'aise en cas de prolongation. J'ai trouvé dans le lonely planet une petite guest house avec un centre de plongée, j'ai l’intention d'y rester 2 jours puis de reprendre la route vers la frontière du Mozambique. C'était sans compter la rencontre avec un motard hollandais, Roeland, et un entrepreneur Sud Africain, David. J'arrive au bar, ils m'invitent a prendre un verre avec eux et m'expliquent que pour le Mozambique il faut prendre son Visa à Dar Es Salaam ou dans une autre grande ville (toutes à minimum 800 km de l'endroit où nous sommes).
Roeland n'a pas de Visa non plus, David peut passer la frontière sans visa avec son passeport Sud Africain. David nous propose d'essayer de nous faire passer sans Visa car il parle portugais, il travaille au Mozambique à la construction d'un hôtel sur une petite île déserte pour un promoteur Sud Africain. Il y a peu de chance que ça fonctionne, mais si on veut mettre toutes les chances de notre côté il faut partir à 6h du matin, traverser la frontière Tanzanienne, traverser la rivière sur des barques de pêcheurs, traverser l'île au milieu de la rivière, retraverser l'autre bras de la rivière puis rouler 5 km et arriver au poste frontière du Mozambique où nous serons probablement renvoyé en Tanzanie… On tente le coup !

Le lendemain nous voilà parti, moi avec tous les bagages et Roeland avec David sur sa KLR 650 achetée 5 mois plus tôt à Pretoria. La traversée se déroule sans encombre et David a force de négociation parviendra en moins de 3 heures à obtenir notre passage sans papiers. Ca nous en coûtera 150 dollars d'amende par personne au contrôle de Police de Palma après moultes négociations car le préposé corrompu jusqu'à l'os nous menaçait de nous jeter en prison. Nous sommes au Mozambique, sans papiers mais heureux de notre succès, la soirée chez Natahalie (backpacker tenue par une française) à Mociboa de Praia sera arrosée de vin blanc et de rires, une belle aventure, encore ! Le lendemain nous obtenons un visa à l'aéroport local et nous nous mettons en route vers l'île de David qui nous a invités à y passer quelques jours « Robinson style ».

Je passerai les 10 jours qui suivent avec Roeland, nous traverserons le pays et visiterons Ilha de Moçambique, ancien comptoir portugais sur la route des indes, petite île attachée au continent par un pont où il fait bon vivre, cela m'a rappelé Cuba, cette ambiance latine dans une mer tropicale chaude. Etape à Vilanculos où je change mes pneus, 14 000 km avec mon premier set de TKC 80, pas mal ! Nous finirons notre route ensemble à Inhabanne/Tofo où nous avons d'autres amis croisés sur la route qui nous attendent. Plongées magnifiques avec les requins baleines, raies et poissons exotiques en tout genre. 1 semaine de repos.

Je quitte Roeland et la petite bande d'amis que nous sommes devenus en quelques jours, je reprends la route seul et descend en direction du Swaziland sans objectif, juste une idée d'itinéraire. Je loge dans la réserve de Hlane National Park où j'aurai le plaisir, après une soirée bien arrosée par 2 campeurs voisins qui m'ont invités à les rejoindre, d'entendre les Lions rugir dans la nuit. 2 jours plus tard je sors du Swaziland pour prendre la direction du Lesotho, longues routes rectilignes et paysages infinis. Je traverse le Drakensberg qui ressemble comme 2 goûtes d’eau aux vallées de la Suisse pour m'arrêter à Himeville au pieds du Sani Pass, ce fameux col de Montagne dont j'emprunterai la piste le lendemain pour traverser la frontière du Lesotho.

Suite et fin des aventures de Pierre

Le Lesotho, le paradis du motard aventureux, se pare à la fois de pistes larges et praticables (quand il ne pleut pas) et de routes impeccables et désertes, les populations locales n’ayant pour la plupart pas les moyens d’avoir un véhicule qu’il soit à 2 ou 4 roues. Coup de chance ce week-end c’est la course enduro extrême « Roof Of Africa ».

Je suis invité par un team à vivre la course avec eux, je leur file un coup de main pour changer des pneus, et eux m’ouvrent leur frigo et surtout leur amitié. Une très chouette expérience. Les Sud Africains sont décidément super accueillants. L’étape suivante m’amène à Afriski, la seule station de ski de l’Afrique australe où j’arrive a me faire loger dans le baraquement des staffs qui travaillent là toute l’année, l’hiver pour le ski sur l’unique piste et l’été pour les sports de montagne.

Une ballade enduro et quelques belles rencontres plus loin je me remets en route vers le Sud, cap sur East London, où mon ami Chris (celui de Zanzibar) m’a trouvé « a place to crash » comme il dit chez un de ses amis. Léon est le premier type que je rencontre qui me dit avec le sourire que manger du gras ca fait maigrir ! Soit, mais nous passons une soirée excellente a un concert donné par un de ses ami guitariste-Alec Voogt-qui reprends Sultans of Swing de Dire Straits avec une dextérité hors du commun ! Ce sera ensuite Port Elisabeth où j’ai logé chez Marc, un autre gars formidable qui vit dans une petite maison et m’offre son unique lit tandis que lui va dormir dans le canapé « you cannot ride 20 000 km in Africa and sleep in my couch ».

Le lendemain je ferai l’agréable rencontre de 4 requins taureau d’environ 2m50 dans les eau froides de l’océan Indien qui se rafraîchit a mesure que l’atlantique se rapproche. Je me dirige vers l’intérieur des terres pour faire la traversée de la Baviaanse Gloof ,parc naturel que l’on peut traverser à moto, après avoir logé 2 jour chez Anne et Neil, agriculteurs de Patensie rencontrés à une station d'essence ! Je rencontre Rob et sa 1200 GSA qui est lui aussi seul car son copain n'a pas pu venir.

On se fait la journée ensemble avec un bon Barbecue (Braai en Sud Africain) à midi, on se quitte contents de notre journée vers 16h, je descendrai sur Plettenberg Bay où je logerai dans un backpacker de babacools qui fument des pétards et font des lasagnes excellentes. La nuit suivante ce sera Wilderness où je bénéficie d’un tarif privilégié dans un hôtel géré par Helena, une amie de Chris, elle m’invite avec quelques amis a dîner, nous parlons moto et voyages, deux passions communes et elle m’indique sur la carte les pistes a faire dans les montagnes avoisinantes.

La région est magnifique, verte, propre, des montagnes d’un côté, la mer de l’autre. Demain soir je vais loger chez Morne Jonker que j’ai rencontré hier en prenant un café dans la petite ville d’Uniondale. Morne élève des autruches, des vaches et des moutons mais surtout il vole en ULM et m’interdit de quitter son pays sans avoir vu la garden route par les airs. Comme je ne suis pas un garçon compliqué j’accepte et nous décollons à 4h30 le lendemain dans la fraîcheur du matin pour voler à 2000 pieds face au soleil levant et ensuite longer la côte pour admirer la beauté des paysages.

Ce voyage se finira en suivant la côte pour rejoindre la région des vins puis Cape Town où d’autre rencontres plus accueillantes les unes que les autres m’ont permis de mieux comprendre ce pays à l’histoire difficile.

Je retrouverai Mika et Tom et nous irons manger un morceau et emballer les motos, tous les trois remplis de souvenirs mémorables.

Quand a moi je repartirai ému, tel que je le suis en écrivant ces lignes, de tous ces petits moments glanés tout au long du chemin. Une aventure inoubliable par sa diversité, sa simplicité et surtout par les hommes et les femmes rencontrés sur cette route qui fût la mienne durant ces 100 jours en Afrique.

Préparation moto et conseils voyage: pierre @ feelingalive.be

Quelques moments choisis....

Réagir

Inscrivez-vous afin de laisser vos commentaires....